Balade clandestine sur la Petite Ceinture, cette ancienne voie ferrée prisée des explorateurs urbains

Il y a la Petite Ceinture et la Petite Ceinture. Comprenez celle qui est transformée depuis quelques années en lieux de sorties et promenades et l’autre laissée en l’état et qui fait notamment le bonheur des « urbexeurs ». C’est sur cette Petite Ceinture semi-abandonnée et à laquelle le public n’a en théorie pas accès que je me suis promenée cet été. Récit de ma balade hors-norme le long des rails.

La Petite Ceinture aux abords de la Flèche d'Or
La Petite Ceinture aux abords de la Flèche d’Or

Toujours se fier à son instinct d’aventurier du bitume ! Pour ma part il m’a titillé il y a plusieurs mois quand j’ai découvert près de chez moi une baraque taguée et dans un piteux état. Après des semaines à l’observer de loin, à fantasmer sur la raison de son existence sur terre, j’ai enfin décidé de m’en approcher. Et c’est comme ça, en poussant son portail déjà entrouvert que je suis passée de l’autre côté du miroir…

… et que j’ai atterri sur un terrain vague pour être exact. Oui, tout ce temps passé à me poser des questions sur cette maison semi-abandonnée pour quoi ? Pour un pauvre rectangle de verdure jonché de matelas défoncés et de détritus. Mais il y avait aussi au fond du terrain une volée de marches, que mon fameux instinct m’a poussé à grimper. Droite-gauche, droite-gauche, l’ascension me mène finalement à quelques mètres au dessus du niveau de la rue sur des rails. Certains tombent, dans la rue, sur une pièce d’1 euro ou sur une crotte de chien, moi, c’est sur la Petite Ceinture, cette fameuse ligne de trains délaissée qui fait le tour de la capitale. L’euphorie de la découverte me donne alors presque envie de planter mon drapeau sur cette terre vierge !

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Bon, en fait je réalise très rapidement que je ne suis pas la seule à avoir eu connaissance de ce spot calibré pour les citadins en mal d’aventures. Des explorateurs j’en croise et ce dès mon arrivée : des graffeurs en train de se faire griller des merguez, un couple vidant quelque bières et un groupe de parents-enfants pique-niqueurs assez bien dans leur élément pour avoir accroché des fanions dans les arbres. Moi qui pensais partir en urbex complète (option piolet dans le sac et frontale sur la tête), c’est loupé ! Oui, il y a sur la PC des traces de vie et beaucoup plus de monde que l’on ne pense (et même des enfants). Soyez rassurés, il y a en réalité assez peu de gens. Le contexte est idéal pour déambuler tranquillement et trouver ce qu’on est venu y chercher : la paix !

 

Une zone urbaine mixte et singulière

Mais au juste, où est-on quand on met les pieds sur la PC ? Dans la ville, en dehors, au dessus, en dessous ? Ni l’un, ni l’autre en fait. La ligne et ce qu’il en est advenu dessinent les contours d’un territoire hybride qui bien qu’urbanisé reste à part dans le décor parisien. Jardin sauvage, friche, paysage ferroviaire, zone industrielle… la PC c’est un peu tout ça à la fois en plein Paname.
Tout citadin qui se respecte appréciera ici de pouvoir marcher pendant des kilomètres sans entraves (sans devoir s’arrêter à un feu rouge, sans croiser une voiture ou un groupe de badauds). Une chance, que dis-je, un luxe dont on ne jouit pas assez à Paris. Encore plus fort, la déambulation sur la PC va même jusqu’à vous faire perdre vos repères habituels et notamment spatiaux. Au bout de quelques minutes, je suis tellement relax et fascinée par ce qui m’entoure que j’en arrive à oublier où je suis et à me sentir presque perdue chez moi, en pleine ville. C’est bien la première fois que je ressens ça, c’est assez déroutant mais surtout plaisant.

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Sur ses parties hautes ou basses, la PC offre des aperçus assez inedits sur la ville et sur ce qu’on ne voit que rarement (vues en hauteur sur des rues, sur des perspectives ou sur l’arrière des façades d’immeubles). Je suis toujours à Paris, peut-être juste de l’autre côté du rideau, là où l’on peut observer le spectacle de la ville presque incognito.

Le jardin de la Main Verte
Le jardin de la Main Verte

Zone en grande partie laissée à l’abandon par la municipalité (mais plus pour longtemps), la Petite Ceinture est donc naturellement investie par les résidents ravis d’avoir à disposition des m2 en plus et de pouvoir se les approprier collectivement. La ligne est devenue depuis l’arrêt de son exploitation (vers les années 1980/90) un espace de semi-liberté relativement vaste pour que chacun puisse y trouver sa place et vaquer à ses activités pénard. Ainsi, j’ai croisé le temps de mes deux visites des jardiniers, des street-artistes, des parents fêtant l’anniv de leurs enfants ou des mecs jouant du djembé cohabitant tous dans une ambiance bon enfant.

Preuve du petit vent de folie et de laisser-faire qui souffle sur la PC, cet engin roulant croisé aux abords de la Flèche d’Or, sur lequel des jeunes gens ont pris place pour se déplacer sur les rails. Il s’agit en fait d’une sorte de draisine, ici un plateau en bois fixé sur des roues. Et hop, en voiture Simone !

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A Paris, qui dit zone laissée à l’abandon, dit forcément art urbain. Les graffeurs et street-artistes ont ainsi fait de la PC un de leurs sites privilégiés, n’hésitant pas à repeindre tout ce qui est à portée de bombe, des anciennes stations de lignes aux façades d’immeubles en passant par les tunnels.

Ici une ancienne station que se sont partagés les graffeurs de tous poils et les mauvaises herbes.

 

La nature est évidemment une grande habituée des lieux. Reprenant ses droits à bien d’endroits, elle n’hésite pas, à l’image des tags, à recouvrir toute surface laissée vacante comme les quais des anciennes gares ou même les interstices des traverses des rails. Cm par cm, elle s’étend et se développe en liberté pour parfois former des zones boisées d’une densité rare à Paris.

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En plus d’abriter cette nature « indomptée », la PC est aussi la terre promise des jardiniers des villes qui s’y donnent à cœur joie en plantant ici et là tournesols, roses trémières…

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Aux abords de la Flèche d’Or les plantes sont si envahissantes qu’elles recouvrent intégralement les façades d’immeubles taguées. Seules quelques ouvertures laissent aux passants la possibilité de voir ces peintures urbaines.

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Mon parcours

Ceux qui se demandent quelle partie de la PC j’ai arpenté, j’ai d’abord fait la portion Flèche d’Or -> Porte de Charenton qui s’arrête net une fois que vous êtes devant un grillage a priori infranchissable. Rien à redire sur ce tronçon sans obstacles particuliers.

Le lendemain, je suis une nouvelle fois partie de la Flèche d’Or afin de remonter vers le nord. Une fois la salle de concert passée (d’ailleurs, il est plutôt amusant de passer littéralement sous la salle qui est elle en hauteur), je me suis retrouvée face à ça.

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Ça, comme vous pouvez le constater, c’est un tunnel. Un tunnel plongé dans l’obscurité et assez long pour qu’on n’en voie pas le bout ou à peine. D’une distance d’1 km, d’après les informations glanées sur le net, ce passage n’est pas forcément le plus sympa de la PC mais il a le mérite d’avoir apporté un petit goût d’urbex à cette balade finalement très paisible.

A défaut d’avoir utilisé ma frontale (parce qu’en vrai je n’en ai pas), j’ai sollicité la lampe torche de mon portable. A l’intérieur, c’est le noir quasi complet, une source d’éclairage est recommandée si vous ne voulez pas trébucher au choix, sur des bouteilles en verre ou du vieux matos (câbles, métaux rouillés…) et choper le tétanos. A noter aussi : une chute de température considérable (27° dehors, 15° maxi sous le tunnel) et quelques légères fuites d’eau par-ci par-là. 15 minutes à marcher dans le noir ça peut être un poil long et monotone. Le seul élément du décor qui change et rythme la traversée ce sont ces charmantes petites alcôves qui n’invitent pas forcément à une halte.

Quand soudain, le bout du tunnel !

Puis quelques mètres plus loin rebelote avec un autre tunnel tout aussi long et plus ou moins habité par des SDF, absents à l’heure de ma visite. Si jusque là, j’ai décrit la PC comme un petit havre de verdure et un terrain de jeux, c’est aussi le lieu qu’ont choisi quelques personnes pour y vivre faute de mieux sans doute.

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Ici, on a pris soin d’installer un portail pour empêcher quiconque de passer dans le tunnel, mais ce n’était pas sans compter les adeptes de l’urbex et leur foutue manie de vouloir se taper l’incruste partout ! Ces derniers ont tout simplement écarté deux barreaux du portail à l’aide d’une pierre. Efficace, à condition de ne pas avoir trop de bedaine !

C’est donc reparti pour un quart d’heure de marche avec au bout du tunnel l’immense surprise d’atterrir en contrebas du Parc des Buttes-Chaumont.

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Je remonte la pente, franchis un grillage déjà défoncé et m’insère, comme si de rien n’était, à la population du parc.
Terminus, retour à la réalité.

crédits photos : M et Lovely Rita

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4 réflexions sur “Balade clandestine sur la Petite Ceinture, cette ancienne voie ferrée prisée des explorateurs urbains

  1. Super article, ça donne envie ! Un moment que j’y songe aussi. Peux-tu me donner un indice sur l’entrée près de la flèche d’or ? Merci 😉

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